CHAPITRE XI (11)

La décadence arabe en Perse, en Mésopotamie et en Égypte. – Les provinces, tombées momentanément dans la barbarie, sous le joug arabe, renaissent à la civilisation dès qu’elles peuvent s’émanciper. – Causes générales de la décadence de l’empire arabe : Nullité politique. Absence de génie créateur. Absence de discipline. Mauvaise administration. Pas d’unité nationale. L’Arabe n’a pu gouverner qu’avec la collaboration des étrangers. – Causes secondaires : La religion, véhicule de la pensée arabe. Trop grande diversité des peuples soumis. – Pouvoir despotique du prince. – Condition servile de la femme. – L’Islamisation des peuples soumis les élèves au niveau du vainqueur et leur permet de le submerger. Les mariages mixtes. – L’influence nègre. -Diminution des revenus de l’empire. – Les mercenaires.

Il serait fastidieux de suivre dans tous ses détails l’histoire des provinces soumises aux Arabes. On la résumera hâtivement ; on insistera d’une façon particulière, dans un chapitre spécial, sur celle du Maghreb et de l’Ifrikia parce qu’elle permet de mieux comprendre la mentalité et la psychologie du Berbère dont la connaissance est nécessaire à l’élaboration et à l’application d’une politique plus réaliste.

Les mêmes causes ayant produit partout les mêmes effets, les divers pays conquis par les Arabes suivirent l’exemple de l’Espagne et travaillèrent au démembrement de l’empire. En Perse, en Mésopotamie, en Égypte, ce furent surtout les sentiments nationalistes, éveillés par la domination étrangère et fortifiés par les persécutions religieuses, qui poussèrent les peuples à la révolte (1).

Ce mouvement d’indépendance révèle un fait remarquable, déjà noté à propos de l’Espagne: les provinces tombées dans la barbarie sous le joug arabe, reviennent à la civilisation dès que, par leur émancipation, elles reconquièrent la liberté de penser et d’agir, C’est la preuve éclatante de l’influence néfaste exercée par les Arabes. Dès que la doctrine musulmane – sécrétion du cerveau arabe, fidèle expression du génie arabe – triomphe, il y a paralysie intellectuelle des peuples à qui elle est imposée ; dès que cette doctrine subit une éclipse, les peuples laissés à la libre inspiration de leur génie, s’évadent de la barbarie et renaissent à la civilisation. L’histoire de toutes les provinces en révolte contre l’autorité arabe illustre cette thèse.

(01) Th. NOELDEKE. – Histoire des Perses et des Arabes au temps des Sassanides.

Dès 814, le Khorassan, donné par le Calife Al Mamoun à l’un de ses généraux, Thaher, en récompense de ses services, devint indépendant. Homme de guerre, Thaher se souciait peu des doctrines religieuses. C’était un libéral : il laissa donc à ses sujets la plus entière liberté de conscience. Ceux-ci se ressaisirent à la faveur de cette tolérance et développèrent leur génie national ; on put constater aussitôt un renouveau de civilisation. Les savants et les lettrés affluèrent et se mirent au labeur ; on a conservé une observation de l’équinoxe d’automne de 851 Faite à Nichabor, capitale du Khorassan, avec une grande armille qui marquait les minutes (1).

En 864, une petite province des bords de la mer Caspienne, le Tabarestan, s’émancipa avec le concours d’un alide, Hassan ben Zeïd.

En 870, un persan, Yakoub-es-Soffar, souleva le Sedjestan puis, s’emparant du Korassau et du Tabarestan, il se constitua un vaste Etat. Son avènement fut le résultat d’une réaction du nationalisme persan contre l’esprit arabe, nationalisme teinté de religion, car tout en acceptant l’Islam, la Perse l’avait adapté à son génie, si bien qu’elle en avait déformé la doctrine.

La dynastie des Soffarides, dont Yacoub fut le fondateur, fut continuée plus tard par celle des Samanides, également persane. Là aussi, on put constater une renaissance intellectuelle.

Les populations de la Perse, très avancées en civilisation, ne demandaient qu’un peu de liberté pour s’arracher à la barbarie arabe.

Entre 930 et 940, le Djézireh, puis l’Arménie et la Géorgie s’émancipent de la tutelle arabe. Mais le mouvement le plus étendu éclate dans la Perse centrale où les populations, obéissant à des sentiments nationalistes, élèvent au pouvoir une famille d’origine deilémite, les Bouides. Là encore, dès que la domination arabe cesse, il y a renouveau de civilisation. Un prince de cette dynastie, Adhab-ed-Doulah ordonne de grands travaux d’utilité générale ; des ingénieurs furent chargés de canaliser la rivière de Bendemir, près de Schiraz. Ils parvinrent à empêcher les inondations qui se reproduisaient régulièrement et détruisaient les cultures et livrèrent au commerce une nouvelle voie de communication. Les sciences et les lettres furent en honneur. Cette période brillante se prolongea jusqu’en 1060, à l’avènement des Seldjoukides.

Ceux-ci, quoique barbares, favorisèrent la civilisation, parce que, n’étant musulmans que de nom, ils se montrèrent tolérants. L’un des successeurs de Togrul-Beg, fondateur de la dynastie, Djebel-ed-Dine Mlalek-Schah (1072-1092) contribua, par une sage administration, à développer la prospérité générale. Ce barbare protégea les savants et les écrivains et réussit à constituer un vaste empire qui comprenait la majeure partie de la Perse, les territoires grecs jusqu’au Bosphore, le Djézireh, la Syrie. Mais ses fils, poussés par l’ambition, déchaînèrent une guerre civile qui ruina ce vaste empire et provoqua son démembrement.

En 877, un mercenaire turc affranchi, Ahmed ben Thouloun, à qui le Calife Al Motamid avait confié le gouvernement de l’Égypte et de la Syrie, se sépara de l’empire. Il agit par ambition, mais il fut aidé par les populations, lasses de la contrainte arabe. Débarrassées de la lourde tutelle des Abbassides, les deux provinces, à peu près ruinées par les exactions des fonctionnaires et par les persécutions religieuses, retrouvèrent rapidement leur ancienne prospérité. Ahmed ben Thouloun, islamisé de fraîche date, était fort peu au courant des subtilités de la foi. Soucieux de popularité, il se montra libéral, calma le zèle des fanatiques, protégea les sciences et les arts, éleva des monuments avec l’aide des architectes égyptiens et syriens, construisit des routes, ouvrit des canaux, installa des marchés.

Son fils Khormarouiah (884) suivit son exemple. Il laissa toute liberté aux individus, s’entoura d’une cour élégante et se signala par ses prodigalités. A l’instigation des savants du pays, il fit bâtir à Mesrah une immense ménagerie où l’on entretenait des animaux de toute espèce.

Les Fatimites, qui succédèrent aux Toulounides, gouvernèrent, comme eux, avec la collaboration des grandes familles locales (2). Moëz­Ledinillah (953-975) qui fui le premier Fatimite d’Égypte et qui fonda El Kahira (939) et son successeur Aziz-Billah (975-996), favorisèrent par leur administration libérale le développement du commerce, de l’industrie et de l’agriculture ; par leurs libéralités, ils encouragèrent les écrivains et les savants. Ibn-Younès, l’Égyptien, eut son observatoire, comme les astronomes de l’Irak et put composer ses célèbres Tables astronomiques (3). La prospérité de cette province était si développée, que ses seuls revenus étaient égaux à ceux que percevait jadis Haroun-al-Rachid sur toute l’étendue de l’Empire.

Malgré la folie de Hakem (996-1020), sorte de Néron oriental qui se signala par ses excès sadiques; malgré l’incapacité de Dhaber (1020-1036), malgré les ambitions déçues de Abou-Tamime Mostanser (1036-1094), l’Égypte resta prospère jusqu’en 1171, date à laquelle elle retomba momentanément sous la domination des Abbassides. De 1171 à 1258, époque où mourut le dernier Abbasside, ce fut pour cette province une période de barbarie et d’anarchie encore accrues par les entreprises des Croisés chrétiens qui débutèrent en 1096 (4).

Les Califes Abbassides, aveulis par une vie de débauches, furent incapables de s’opposer à la prise d’Antioche (1098) et de Jérusalem (1099).

C’est un Seldjoukide, Emad-ed-Dine Zenghi, qui s’était constitué un Etat indépendant entre le Djezireh et l’Irak Arabi, qui dressa les musulmans contre les chrétiens et arrêta les progrès de ces derniers.

Son œuvre fut continuée par ses deux fils, Sif-ed-Dine et Nour-ed-Dine. Ce dernier, notamment, s’empara de Damas que menaçaient les Croisés, tandis qu’un de ses lieutenants, Shirkouk, mettait la main sur I’Égypte. Le neveu de Shirkouk, Salah-ed-Dine, le Saladin de nos chroniques, renversa les Fatimites (1171) (5). A la mort de Nour-ed-Dine (1174), il devint le maître de l’Égypte, de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Arabie. En 1185, son empire s’étendait de Tripoli d’Afrique jusqu’au Tibre et du Yémen jusqu’au Taurus. Il enleva aux chrétiens Acre, Ascalon et Jérusalem (1187).

A sa mort, l’ambition de ses fils disloqua cet empire ; l’un prit l’Égypte ; l’autre Damas ; le troisième, Alep et la haute Syrie. Ce fut la dynastie des Aïoubites. Les deux premiers furent dépossédés par leur oncle Malk-Adhel-Sif-ed-Dine, le Saladin de nos chroniques, qui réunit en un seul état l’Égypte et la basse Syrie et qui enleva Tripoli aux Croisés (1200-1218).

A sa mort, nouveau démembrement. Au treizième siècle, l’Empire musulman n’est plus qu’une poussière de petits États que se disputent les représentants des différentes dynasties et les partisans des différentes sectes dont la plus active, à cette époque, est celle des lsmaëliens ou Hachichin, éclose en Perse vers 840, sous l’inspiration du Mazdéisme.

Une nouvelle race de conquérants, les Mongols, envahit l’Asie et accroît l’anarchie. Après s’être rendus maîtres de la Tartarie et de la Chine, Gengis Khan et ses successeurs se ruent sur l’empire musulman (1258) (6); l’Égypte et la Syrie leur résistent jusqu’en 1517. Le pouvoir échappe définitivement aux Arabes qui s’effacent devant des conquérants plus combatifs : les Turcs et les Mongols ; ils n’ont plus d’existence politique en dehors de la péninsule et disparaissent, dès ce moment, de l’histoire des peuples de l’Orient.

Après avoir compulsé, comme on vient de le faire, l’histoire de l’Empire arabe, depuis ses origines jusqu’à son effondrement, il n’est peut ­être pas impossible de démêler les causes de sa décadence et de sa chute.

Il en est de générales : elles tiennent au tempérament arabe, à la mentalité arabe ; elle résulte des défauts de l’Arabe, de ses habitudes, de ses conditions d’existence, pendant des siècles, dans un milieu spécial : le désert.

Il en est de secondaires : elle découlent des fautes commises par le conquérant arabe.

Examinons les causes générales.

Le peuple arabe n’est pas an peuple politique, capable de grands desseins et de patients efforts en vue de les réaliser. C’est un peuple de nomades, de primitifs, d’êtres simples, voisins de l’animalité, obéissant à leurs instincts, ne sachant ni réfréner leurs passions, ni dominer leurs désirs. Impuissant à concevoir un intérêt supérieur, à nourrir un idéal élevé, ce peuple a toujours vécu dans l’indiscipline. Atteint, d’anarchie chronique, il n’a jamais pu subordonner son égoïsme individuel à la poursuite d’une grande tâche collective, à la réalisation d’une ambition nationale.

Même au temps de sa puissance, il fut une sorte de fédération d’égoïsmes, rapprochés par les circonstances, mais acharnés à se combattre.

Incapable d’invention, il a copié, mais il n’a pas su créer. Incapable de progrès, il a toléré les formes de gouvernements qu’il a rencontrées dans sa ruée, mais il n’a su ni les améliorer, ni même les adapter aux circonstances Aussi, quand l’organisation étrangère s’est disloquée, il n’a pu ni la réparer, ni la remplacer par une autre.

Une image fera comprendre notre pensée. L’intelligence d’un Arabe s’élève jusqu’à la faculté d’imitation. Qu’on lui confie une automobile ou une locomotive ; après un certain temps d’apprentissage, il parviendra à la conduire; mais quand cette machine se détraquera, il sera incapable de la réparer, encore moins d’en construire une nouvelle.

De même, le conquérant arabe, succédant à des peuples civilisés comme les Perses et les Byzantins, a pu adopter leur régime administratif; il a même été dans l’obligation de l’adopter, puisqu’il ne pouvait le remplacer par une conception originale ; il a pu en assurer le fonctionnement pendant un certain temps; mais dès que les circonstances exigèrent des modifications, il ne put les apporter, parce qu’il n’avait pas le don de l’invention, le génie créateur ; et quand le système se disloqua, faute des mesures imposées par des conditions nouvelles, par l’évolution des idées et des moeurs, il ne put ni le réparer, ni lui substituer un système de son invention. La machine s’usa rapidement et, finalement, s’arrêta; et quand elle s’arrêta, ce fut la ruine.

Dans l’Afrique du Nord, le conquérant arabe ne sut pas réparer les barrages et les autres travaux d’hydraulique qui avaient permis aux Romains de donner au pays une prospérité agricole incomparable. Il les utilisa tant bien que mal, tant qu’ils durèrent, mais quand ils tombèrent en ruines, par l’usure du temps ou par la destruction des hommes, la prospérité du Moghreb s’effondra, la sécheresse frappa les terres de stérilité et le désert se substitua aux champs et aux vergers.

L’Arabe n’est pas un administrateur. Ce nomade insouciant, habitué à vivre au jour le jour, en subissant les accidents de l’existence sans les prévoir, ni même songer à les prévenir est incapable de gouverner. Cela est si vrai que la capitale de l’Empire arabe n’a jamais été en Arabie ; elle fut tantôt en Syrie, tantôt en Mésopotamie, tantôt en Espagne, tantôt en Égypte, c’est-à-dire là où les Califes trouvaient des collaborateurs étrangers qui suppléaient par leur génie, a leur insuffisance. Tant que ces collaborateurs furent assez puissants pour imposer leur volonté, sous la façade du pouvoir califal, il y eut une apparence de gouvernement ; mais lorsque le conquérant arabe, grise par ses succès ou aveuglé par le fanatisme religieux, voulut régner par lui-même, l’anarchie succéda aussitôt a l’ordre et l’ensemble se disloqua. Mais à aucune époque, la direction imprimée à l’Empire ne partit de l’Arabie, de telle sorte qu’il n’y eût jamais de pouvoir national, d’idéal national, d’intérêt national, d’unité nationale.

Les diverses provinces furent toujours divisées par des rivalités, parce que chacune, en présence de l’incapacité du vainqueur à imposer une discipline et des directives, conserva son idéal particulier, ses ambitions, ses amitiés et ses haines ; si bien que l’Empire arabe ne fut jamais qu’une mosaïque formée de blocs disparates, sans cohésion et sans lien.

L’Arabe est un barbare. Avant Mahomet, l’Arabie n’était peuplée que de bergers et de pillards. On n’y constata jamais ni société, ni organisation collective, ni mouvement intellectuel. Quand ces êtres primitifs, uniquement préoccupés de satisfactions animales, se ruèrent à la conquête du monde et qu’ils tombèrent au milieu de peuples avancés en civilisation, ils se corrompirent, rapidement. Lorsque le Bédouin, élevé dans la rude existence du désert, habitué aux privations et aux souffrances, fut transplanté à Damas ou à Bagdad, à Cordoue ou à Alexandrie, il fut bientôt la proie de tous les vices de la civilisation ; cet être famélique creva d’indigestion ; ce spartiate par force devint un sybarite.

Incapable de commander à ses instincts, il jouit de la vie facile et il se pervertit. Ignorant et grossier, il subit l’influence des vaincus plus civilisés que lui. Il n’eut jamais d’autre autorité que celle de la force ; quand celle-ci lui échappa, par suite de son aveulissement, il perdit le pouvoir. Privé des concours étrangers, il redevint lui-même : le Bédouin d’Arabie.

Le Bédouin est incapable de concevoir un état meilleur que le sien. Il ne peut rien imaginer en dehors de ce qu’il est, de ce qu’il voit, de ce qu’il possède. Poussé par l’âpre désir du pillage, il est sorti de ses déserts et s’est rué à la conquête du monde. Au contact de peuples plus civilisés, il a imité, copié, adopté ce qu’il avait été impuissant à concevoir. Il n’a rien inventé par lui-même ; il a emprunté sa religion aux judéo-chrétiens ; il a emprunté ses connaissances scientifiques et sa législation à la civilisation gréco-latine ; mais en copiant, il a tout déformé. Tant qu’il a été mêlé à d’autres peuples, il a subi leur influence et parodié leurs habitudes de luxe, leurs moeurs raffinées, mais dès que l’influence étrangère a été mise en échec, il n’a pas su conserver ce qu’il avait appris et il est redevenu le Bédouin ignorant et grossier. C’est ainsi qu’après la disgrâce des Barmécides, ces ministres persans de génie, la dynastie des Abbassides, qui avait brillé, jusque-là, tombe brusquement en décadence.

Quand on regarde de haut l’histoire arabe, on s’aperçoit qu’elle se divise en plusieurs périodes qui coïncident avec l’influence exercée par différents peuples étrangers ; il y a la période syrienne, pendant le Califat des Ommeyades ; la période persane, pendant le règne des Abbassides, puis la période espagnole et la période égyptienne, sous leurs successeurs. Pendant une seule période, les Arabes agirent par eux-mêmes, ce fut sous le règne des premiers successeurs de Mahomet et l’on peut constater que, durant cette période, les Arabes se bornèrent à faire des conquêtes, à piller et à détruire.

Tant que le Bédouin, dépourvu d’imagination, indiscipliné, égoïste et grossier, a été submergé par les étrangers, il a subi inconsciemment leur influence, il s’est dégrossi à leur contact ; et c’est à la faveur de cette circonstance, que s’est produit cet épanouissement de civilisation que l’on a faussement attribué aux Arabes, attendu que ses artisans furent les Syriens, les Persans, les Indiens, les Espagnols et les Égyptiens. Mais dès que le Bédouin a été rendu à lui-même, il est retombé dans la barbarie ancestrale, dans la barbarie anarchique des pillards du désert.

Voilà les causes générales qui expliquent la décadence rapide et l’effondrement de l’Empire arabe ; mais il est des causes secondaires qui n’exercèrent pas une moindre influence sur les destinées de cet Empire.

Ces causes sont nombreuses.

D’abord, la religion. L’Islam est une sécrétion du cerveau arabe ; c’est l’adaptation à la mentalité arabe des doctrines, judéo-chrétiennes. Dépourvu d’imagination, le Bédouin n’a pu animer sa croyance d’un idéal élevé ; elle est terre à terre, sans horizon, comme sa pensée. Son idéal est celui d’un nomade, d’un habitant du désert, d’air primitif encore empêtré dans les fanges de la matière : des satisfactions animales : manger, boire, jouir, dormir : la pauvre philosophie d’une brute dont l’esprit ne pénètre pas les causes : subir les événements, se résigner à ce qui arrive.

Une pareille doctrine, déjà peu favorable au développement des facultés intellectuelles, fut encore aggravée par le zèle maladroit des fanatiques, qui, au deuxième siècle de l’Hégire, obtinrent non seulement de la fixer immuablement, de la cristalliser, mais encore de la revêtir d’un caractère sacré, de lui supposer une origine divine, de telle sorte qu’ils en firent un bloc intangible et qu’ils rendirent impossibles toute évolution ultérieure, toute modification tout progrès.

Devenue rigide, immuable, imperfectible, cette doctrine a bravé les siècles ; elle est aujourd’hui, ce qu’elle était à l’époque des Califes Abbassides. Comme elle a été imposée par la violence aux peuples soumis et que ceux-ci, pour éviter les persécutions, ont fini par l’adopter elle a étouffé en eux le libre arbitre, la faculté d’évoluer, d’accepter les enseignements de l’expérience ; elle a ravalé leur esprit au niveau de la mentalité arabe. Les pays qui ont pu se libérer de bonne heure du joug arabe et s’évader de la religion musulmane, comme l’Espagne, la Sicile, la France méridionale, ont conservé leur pouvoir de progrès et ont pu poursuivre, dans la civilisation, le cours de leurs destinées; les autres qui, avant leur islamisation, avaient cependant manifesté d’incontestables aptitudes aux progrès, comme la Syrie, la Perse et l’Égypte, ont sombré, après leur conversion, dans la barbarie, et y sont demeurés.

Ce qui démontre bien l’influence néfaste de l’Islam, c’est la façon dont se comporte le musulman au cours de son existence. Dans sa prime enfance, alors que la religion n’a pas encore imprégné son cerveau, il manifeste une intelligence très vive, un esprit remarquablement ouvert, accessible à toutes les idées; mais au fur et à mesure qu’il grandit et que, par l’éducation, l’Islam le saisit et l’enveloppe, son cerveau se ferme, son jugement s’atrophie, son intelligence est frappée de paralysie et d’irrémédiable déchéance.

Ce qui a encore hâté la décadence de la domination arabe, c’est la trop grande diversité des peuples soumis.

L’Empire arabe a été formé, au hasard des conquêtes, de nations, de tribus, de peuplades, divisées par les intérêts, les aspirations, les besoins. Pas d’unité nationale. Le principal élément de cohésion d’un Etat, c’est l’unité de langage qui détermine une étroite communion des idées et qui se matérialise en quelque sorte par la création d’une ville-capitale, centre vital, cœur de la nation.

L’Empire arabe ne connut jamais une semblable unité. Les Latins, les Grecs, les Slaves, les Arabes, les Persans, les Hindous, les Égyptiens, les Berbères, rapprochés par la volonté brutale du conquérant, ne pouvaient ni se comprendre, ni fraterniser, ni s’unir pour la poursuite d’un idéal commun. Ils formaient un bloc informe et disparate. Dès que l’autorité qui leur imposait une cohésion artificielle disparut, ils se dissocièrent et l’Empire s’écroula.

Une autre cause de décadence, c’est le pouvoir despotique du prince, à la fois chef temporel et chef spirituel. Si un pouvoir aussi prodigieux peut donner des résultats remarquables entre les mains d’un homme de génie, il devient un instrument de ruine lorsqu’il est exercé par un incapable ; or, les hommes de génie sont rares et l’on a vu, qu’à part quelques exceptions, les Califes furent inférieurs à leur tâche.

L’absence de loi successorale fut aussi une cause de décadence. En négligeant de fixer une règle de succession, Mahomet rendit possibles toutes les intrigues, toutes les ambitions et cet élément de destruction fut encore aggravé par l’esprit d’indiscipline des Arabes et par les rivalités qui divisaient les tribus.

La condition servile de la femme, imposée par l’Islam, a été et reste pour la société musulmane, une cause de déchéance. Reléguée dans le gynécée, bête de somme chez le pauvre, créature de plaisir chez le riche, la femme, isolée du monde extérieur, demeure la dépositaire des préjugés, de l’ignorance ; et comme c’est elle qui élève les enfants, elle leur inculque les traditions de barbarie dont l’égoïsme du mâle l’a constituée la gardienne.

La faute capitale commise par le conquérant arabe, ce fut d’obliger les peuples soumis à se convertir à l’Islam. Par sa conversion, le vaincu devenait l’égal du vainqueur, jouissait des mêmes droits, des mêmes prérogatives et comme, dans la plupart des cas, il était supérieur au vainqueur par l’intelligence et par la culture intellectuelle, il en arriva à exercer une influence prépondérante, si bien que le conquérant arabe, en raison même de la rapidité et de l’étendue de ses victoires, se trouva noyé au milieu des peuples étrangers qui lui imposèrent leurs moeurs et qui le corrompirent. Ils le dominèrent d’autant mieux, qu’il était incapable, faute d’expérience et de connaissance, de donner des directives, d’établir son autorité morale.

Cette même faute avait été commise autrefois par les Romains, lorsqu’ils avaient accordé le droit de cité aux barbares. « Un échange s’établissait entre l’Italie et les Provinces. L’Italie envoyait ses enfants mourir dans les pays lointains et recevait en compensation des millions d’esclaves. De ceux-ci, les uns attachés aux terres les cultivaient et les engraissaient bientôt de leurs restes ; les autres, entassés dans les villes, dévoués aux vices d’un maître, étaient souvent affranchis par lui et devenaient citoyens. Peu à peu, les fils des affranchis furent seuls en possession de la cité, composèrent le peuple romain et, sous ce nom, donnèrent des lois au monde. Dès le temps des Gracques, ils remplissaient presque seuls le Forum… Ainsi, un nouveau peuple succéda au peuple romain, absent ou détruit » (7)

C’est ainsi que, dans l’Afrique du Nord, les Romains furent submergés par les Berbères qui, à la faveur du droit de cité, s’emparèrent de toutes les charges publiques.

Après eux, les Arabes y subirent le même sort ; nous commettrions la même erreur qui entraînerait les mêmes conséquences, si nous accordions aux indigènes musulmans, algériens tunisiens et marocains, tous les droits dont jouit le citoyen français. Fort heureusement, la religion Musulmane creuse entre nous et nos sujets un abîme infranchissable ; sans cet abîme, il y a longtemps que les Français d’Algérie seraient submergés par l’élément berbère.

L’islamisation systématique du vaincu eut, pour les Arabes, une conséquence plus néfaste encore. La plupart des esclaves étaient des nègres, c’est-à-dire qu’ils appartenaient à une race inférieure, absolument rebelle à toute civilisation. En se convertissant à l’Islam, ces esclaves s’élevèrent au niveau de leurs maîtres ; les mariages mixtes furent fréquents et nombreux et, par eux, le sang arabe s’appauvrit. Ce métissage acheva de corrompre et d’abâtardir la race arabe.

Partout ailleurs, en Syrie, en Perse, dans l’Inde, en Égypte, dans le Moghreb, en Espagne, les mariages mixtes permirent à la population soumise de submerger le vainqueur. La race arabe se dilua à un point tel, qu’il est impossible d’en trouver aujourd’hui un seul représentant, parmi les peuples musulmans, en dehors de l’Arabie.

L’islamisation généralisée des vaincus eut, encore une autre conséquence : elle diminua les revenus de l’Empire. Ce qui faisait la richesse des Califes, ce qui leur permettait de déployer une pompe qui renforçait leur autorité c’était le tribut payé par les non musulmans en échange du droit de conserver leurs croyances. Lorsque, après le deuxième siècle de l’Hégire, les fanatiques obligèrent, par leurs persécutions les vaincus à se convertir, les nouveaux musulmans, devenus les égaux des Arabes, cessèrent de payer le tribut et le trésor des Califes se vida rapidement.

Noyés parmi les peuples civilisés, les Arabes s’aveulirent rapidement et perdirent leurs qualités de vigueur et d’endurance ; ces guerriers devirent des sybarites, avides de jouir. Attirés par l’appât du gain, ils se muèrent en commerçants. Les Califes, ne pouvant plus recruter de soldats arabes, durent faire appel aux mercenaires étrangers. Ce fut l’origine des milices turques, slaves, berbères, espagnoles qui, sous les derniers Abbassides, finirent par disposer du pouvoir et par choisir le souverain. Les mercenaires qui avaient hâté, par leur turbulence, la chute de l’empire romain, contribuèrent également à la ruine de l’empire arabe.

Telles sont les causes multiples qui provoquèrent la décadence et l’effondrement de la domination arabe.

En les étudiant de près, on s’aperçoit qu’elles ont une origine unique : l’incapacité politique de l’Arabe, son impuissance à gouverner, son infériorité intellectuelle. Ce défaut capital a été comme infusé aux peuples soumis, par le canal de la religion musulmane, sécrétion du cerveau arabe, reflet de la mentalité arabe, de telle sorte que tous les peuples qui ont adopté l’Islam sont devenus, au même titre et pour les mêmes raisons que le peuple arabe, incapables d’évolution, de progrès, de civilisation.

(01) SEDILLOT. – Histoire des Arabes.
(02) MAKRIZI.- Ittiaz-el-Hounafa.
(03) SEDILLOT. – Histoire des Arabes.
(04) Recueil des hist. Orientaux des Croisades.
(05) MICHAUD. – Histoire des Croisades.
(06) DJOUVANI. – Tarrikhi Djihan Kouchaï.
Rachid-ed-Din-Fadh’Allah. – Djami al-Tawarikh.
(07) MICHELET. – Histoire Romaine.

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