CHAPITRE XIV (14)

La stérilité de l’esprit arabe apparaît dans toutes les manifestations de l’activité intellectuelle. – La civilisation arabe est le résultat des efforts intellectuels des peuples étrangers convertis à l’Islam. – La science arabe : astronomie, mathématiques, chimie, médecine, n’est qu’une copie de la science grecque. – En histoire et en géographie, les Arabes ont laissé quelques travaux originaux. – En philosophie, ils sont les élèves de l’École d’Alexandrie. – Eu littérature, à part quelques poèmes lyriques sans grande valeur, ils s’inspirent des ouvrages grecs et persans. – La littérature des Arabes d’Espagne est d’inspiration latine. – Dans les beaux-arts, sculpture, peinture et musique, la nullité des Arabes est absolue.

La stérilité de l’esprit arabe apparaît dans toutes les manifestations de l’activité intellectuelle et, plus particulièrement, dans les lettres, les arts et les sciences dont la culture exige de l’originalité et de l’imagination. Quand l’Arabe a voulu entreprendre une oeuvre littéraire, artistique ou scientifique, il n’a rien pu tirer de son propre fonds; aussi, a-t-il copié, imité, sans jamais rien inventer.

Ce qu’on appelle la civilisation arabe n’a jamais existé en tant que manifestation du génie arabe. Cette civilisation est due au labeur d’autres peuples déjà civilisés et qui, asservis à l’Islam par la violence, ont continué, malgré les persécutions du conquérant, à développer leurs qualités nationales.

Lorsque, sous les premiers successeurs de Mahomet, le peuple arabe entreprit des guerres de conquête, c’était un peuple barbare, grossier, sans culture intellectuelle, ni connaissances scientifiques ou artistiques. Il était à l’égard des Grecs, des Perses et des Égyptiens, dans la situation où se trouvent aujourd’hui les Berbères de l’Afrique du Nord, par rapport aux nations européennes.

Des succès imprévus jetèrent les Bédouins au milieu de peuples civilisés qui exercèrent sur eux une influence incontestable ; néanmoins, ils furent lents à s’assimiler les connaissances étrangères. Les premiers ouvrages de langue arabe furent composés sous le règne des Abbassides, non par des Arabes, mais par des Syriens, des Grecs, des Persans, convertis à l’islam. Ce n’est que vers le troisième siècle de l’Hégire, que les Bédouins commencèrent à se civiliser. C’est de cette époque que datent les traductions des ouvrages grecs, syriaques, persans et latins, qui révélèrent aux conquérants arabes des connaissances qu’ils ignoraient totalement et qui introduisirent chez eux les éléments des civilisations antérieures (1).

Mais l’influence étrangère ne s’exerça que sur les Arabes qui avaient quitté leur pays pour s’établir en Syrie, en Perse ou en Égypte. La masse arabe, restée en Arabie, demeura fermée à cette influence et persista dans sa barbarie.

Lorsqu’on appelle civilisation arabe le mouvement artistique, littéraire, scientifique, qu’une fausse documentation fait coïncider avec l’avènement des Califes abbassides, on commet une erreur ; d’abord, parce que l’élément arabe n’y participa que dans une mesure à peine sensible ; ensuite, parce que ce mouvement était le résultat de l’activité intellectuelle de peuples étrangers convertis à l’Islam par la violence et enfin, parce que ce mouvement existait dans les pays nouvellement conquis par les Arabes, bien avant leur arrivée. Les ouvrages syriaques, persans et indiens qui sont la manifestation de ce mouvement intellectuel et qui continuaient 1’oeuvre gréco-latine, sont antérieurs aux conquêtes musulmanes. C’est donc à tort qu’on attribue aux Arabes cet effort artistique et scientifique et qu’on appelle civilisation arabe un mouvement intellectuel dû aux Syriens, aux Persans, aux Indiens, convertis à l’Islam, contre leur gré, d’ailleurs, mais qui avaient conservé les qualités de leur race. Ce mouvement n’était, en réalité, que la continuation et comme l’ultime floraison de la civilisation gréco-latine. Il est facile de le prouver.

Lorsque le Calife Al Manzor (745-755), séduit par l’éclat de la civilisation byzantine et conseillé par des fonctionnaires syriens, grecs et persans qui occupaient les différentes charges de l’Empire, voulut répandre la connaissance des sciences, il fit traduire en arabe les principaux auteurs grecs dont il existait déjà des versions en syriaque : Aristote, Hippocrate, Galien, Dioscoride, Euclide, Archimède, Ptolémée. Ce furent des scribes syriens qui s’acquittèrent de cette tâche. C’est par ces traductions que les Arabes connurent les ouvrages grecs ; c’est sur elles qu’ils travaillèrent d’abord. Mais les scribes syriens, trop nouvellement convertis pour connaître à fond les dogmes musulmans, s’étaient contentés de traduire fidèlement les auteurs grecs. Les Arabes fanatiques trouvèrent ces versions trop peu orthodoxes. Certains passages blessaient leurs croyances. Aussi, quand ils furent assez instruits pour se passer de l’intermédiaire des Syriens, s’empressèrent-ils de rédiger de nouvelles traductions, selon le génie arabe, selon la conception musulmane. Des ouvrages grecs, ils supprimèrent tout ce qui leur sembla contraire à l’Islam ; ils ajoutèrent les formules religieuses qui leur étaient familières, et ils poussèrent leur zèle jusqu’à faire disparaître les noms des auteurs originaux.

Ces compilations furent composées, non d’après les ouvrages grecs, ni même d’après les versions syriaques, mais d’après les traductions en langue arabe, faites du syriaque par les scribes syriens, de sorte que la pensée des auteurs traduits était non seulement défigurée par ces interprétations successives, mais encore faussée par le fanatisme musulman.

Ces ouvrages informes, auxquels on ne sait quel nom donner, passèrent au Moyen-Age pour des productions originales du génie arabe. On ne découvrit leur véritable nature que plus tard, à l’époque de la Renaissance, lorsqu’on exhuma des bibliothèques les manuscrits grecs et qu’on fut capable de les traduire.

C’est ainsi qu’on avait faussement attribué à l’astronome Maschallah, qui vivait sous le règne de Haroun-ar-Rachid, des traités sur l’astrolabe et l’armille qui n’étaient que des reproductions déformées, selon la méthode énoncée plus haut, de versions arabes faites par des Syriens, sur les traductions syriaques des ouvrages de Ptolémée (2). Vers la même époque, Ahmed ben Mohammed Alnehavendi qui, d’ailleurs, était un persan converti à l’Islam, composa, d’après le même auteur, des tables astronomiques.

Sous le règne de Al-Mamoun, Send ben Ali et Khaled ben Abd-el-Malek Almerourandi qui mesurèrent un degré du méridien ne firent qu’appliquer les théories des mathématiciens grecs. Un autre astronome, Mohammed ben Moussa Alkhowarezmi, un persan islamisé, rédigea des tables d’après les auteurs indiens. D’autres tables furent composées par Ahmed ben Abd’Allah Habach, d’après Ptolémée et les écrivains de son école.

Le fameux Al Kendi, qui jouit d’une si grande célébrité au Moyen-Age et qui fut appelé le Philosophe par excellence, était un juif syrien islamisé. Ses ouvrages sur la géométrie, l’arithmétique, l’astrologie, la météorologie, la médecine et la philosophie, étaient des traductions ou des compilations d’Aristote et de ses commentateurs.

D’autres astronomes et mathématiciens, comme A1bulnazar, A1 Naïrizi, Albategni, ces deux derniers persans, furent des compilateurs des écrivains de l’école d’Alexandrie. En fait d’astrologie et d’astronomie, les Arabes ne furent que des imitateurs.

Née en Chaldée avant les temps historiques, puis importée en Égypte, cette science fut introduite en Grèce où les connaissances confuses, transmises oralement de génération en génération, furent coordonnées et fixées par écrit.

L’Almageste, de Ptolémée, peut être considéré comme l’exposé complet des connaissances astronomiques de l’antiquité. C’est cet ouvrage, connu par des versions syriaques, que les auteurs arabes plagièrent et commentèrent sous cent formes différentes, sans rien y ajouter d’original.

En mathématiques, les Arabes n’innovèrent pas davantage (3). On leur attribua longtemps l’invention de l’algèbre, alors qu’ils ne firent que copier les traités de Diophante d’Alexandrie, qui vivait au IVe siècle, mais comme la source où ils puisèrent était ignorée au Moyen. Age, ils passèrent à tort pour des initiateurs.

Les chiffres, dits arabes et le système de numération qui porte le même nom, proviennent de l’Indoustan. Les Arabes appellent eux-mêmes l’arithmétique calcul des Indiens et la géométrie, science indienne (hendesya).

Les connaissances des arabes en botanique sont empruntées soit aux traités de Dioscoride, soit à des traités indiens et persans (4).

En chimie ou plutôt en alchimie, ils furent les élèves de l’École d’Alexandrie. Djeber et Rhazès, ce dernier persan islamisé, ne firent que copier les travaux de l’hermétisme alexandrin (5).

Même absence d’invention en médecine. Dès le IIIe siècle de l’ère chrétienne, les médecins grecs s’étaient répandus en Perse où ils avaient fondé l’école célèbre des Djondischabour, qui fut bientôt la rivale de celle d’Alexandrie. Ils enseignèrent surtout les doctrines d’Aristote, d’Hipparque et d’Hippocrate que les Persans s’assimilèrent. L’un de leurs élèves Mesué, persan d »origine, fut médecin de Haroun-ar-Rachid et composa plusieurs traités imités d’Hippocrate, parmi lesquels on cite ses démonstrations, une pharmacopée, des écrits sur les fièvres et les aliments (6).

Mais c’est surtout à Alexandrie que la médecine, grecque sortit de l’empirisme et prit un caractère réellement scientifique.

Héréphile et Érasistrate préparèrent, par leurs travaux, la voie à Galien qui devait donner tout son développement à cette science. Les traités de Galien furent compilés et traduits en syriaque, sous le nom de Pandectes de médecine par Aaron, prêtre chrétien qui vivait à Alexandrie au VIIe siècle. Cette version syriaque fut traduite en arabe en 685 (7). C’est la source où puisèrent les médecins arabes et notamment Serapion, Avicenne, Albucasis, Averrhoës, dont le Koullyat est une véritable traduction de Galien. Le seul musulman qui fut un novateur en médecine, Rhazès, mort en 932, était un persan. Il introduisit dans la pharmacie l’usage des minoratifs et des préparations chimiques ; il passe pour l’inventeur du séton et préconisa l’étude de l’anatomie (8).

Ali ben el Abbas, qui continua les travaux de Rhazès et qui rédigea un cours de médecine, était également persan.

Le célèbre Avicenne, Abou Ali Hossein ibn Sinna (980), était né à Afchanah, en Perse. Son ouvrage le plus renommé, le Kanoun, est une compilation des traités de Galien, d’après les versions syriaques. Traduit en latin, le Kanoun fut très populaire en Europe au Moyen-Age, et considéré comme une oeuvre originale. Avicenne se souciait si peu des dogmes musulmans qu’il buvait du vin et qu’il en préconisait l’usage.

Les traités d’Albucasis, d’Avenzoar, d’Aben-Bithar, tous trois originaires d’Espagne, sont également des reproductions, plus ou moins fidèles des écrits de Galien, d’Aaron et des médecins d’Alexandrie, reproductions faites d’après des traductions syriaques.

Maimonide, que l’on considère à tort comme un médecin arabe, était un. juif né à Cordoue, en 1135. Esprit scientifique, indifférent aux dogmes musulmans, il s’attira les persécutions des Almohades et dût se réfugier en Égypte. Ses Aphorismes de médecine furent traduits en latin en 1409 ; son traité de la conservation et du régime de la santé en 1518. C’est par eux que l’on connut au Moyen-Age la science médicale grecque.

Les Arabes ont surtout excellé dans les genres qui n’exigent pas d’imagination, notamment en histoire et en géographie. Les écrits syriaques et persans leur fournirent d’abondants matériaux où ils puisèrent sans montrer beaucoup d’esprit critique. Il en résulta des compilations souvent indigestes. Tels sont les ouvrages de Masoudi (956) : l’Akhbar al Zeman, l’histoire des temps, le Kitab Aousat, le livre moyen, les Moroudj-ed-Dheheb oua Maâdin-el-Djewahir, les prairies d’or et les mines de pierreries ; tel est également celui d’Ebn-el-Athir, le Kemal al Taouarikh, la chronique complète, commençant à la création du monde et se terminant en l’an 1231 de J.-C.

On peut en dire autant de l’histoire abrégée d’Aboulfeda, ce prince diplomate et guerrier qui se délassait des soucis du pouvoir en écrivant une sorte d’histoire universelle dont la première partie comprend les patriarches, les prophètes, les juges et les rois d’Israël; la seconde, les quatre dynasties des anciens rois de Perse ; la troisième, les Pharaons d’Égypte, les rois de la Grèce, les empereurs romains ; la quatrième, les rois de l’Arabie avant Maho­met ; la cinquième, l’histoire des différentes nations, des Syriens, des Sabéens, des Coptes, des Persans, etc., et les événements arrivés depuis la naissance de Mahomet jusqu’en 1328 de J.-C. Cet ouvrage n’est original qu’en ce qui concerne l’histoire arabe. La même remarque s’applique à l’Histoire Universelle du Syrien Aboulfaradj (1226-1286).

Borhan-ed-Din Motarezzi (1145-1235) a rassemblé un grand nombre de traditions arabes, curieuses à consulter sur les moeurs antéislamiques. Il en est de même de l’Encyclopédie historique sur les Arabes de Nowairi, de l’Histoire de la conquête de la péninsule par les Arabes d’Ebn-al-Kouthiah et de l’Histoire Arabe de Tabari, oeuvres originales qui renferment de précieuses indications (9).

Une place à part doit être accordée à Ibn-Khaldoun (1332-1406) dont les Annales contiennent l’histoire des Arabes jusqu’à la fin du XIV ème siècle et celle des Berbères. C’est l’un des rares écrivains musulmans qui ne se soit pas contenté de compiler les documents antérieurs.

Il traite d’abord de la critique historique et de ses méthodes, puis il étudie la société à son origine, donne une description succincte du globe et recherche quelle influence la diversité des climats peut exercer sur l’homme ; il examine ensuite les causes du développement et de la décadence des États chez les peuples nomades et au milieu des grandes agglomérations d’individus. Il traite du travail en général, énumère les diverses professions et termine par une classification des sciences (10).

Ibn-Khaldoun, né à Tunis, était d’origine espagnole.

En géographie, les Arabes ont laissé des ouvrages d’une originalité incontestable. Leurs conquêtes, l’obligation d’accomplir le pèlerinage de La Mekke, leurs voyages commerciaux, leur permirent de connaître des régions ignorées des Grecs. Leur esprit d’observation très développé leur fit enregistrer de précieuses indications. Ils copièrent fidèlement la réalité; la plupart de leurs relations sont d’une exactitude rigoureuse (11) : telles sont celles d’Ibn­Batouta, d’Ibn-Djobeir, d’Ibn-Haukal, d’Ibn­Khordadbeg, d’Aboul-Feda, d’Istakhri, de Bekri, d’Edrisi.

En philosophie, les Arabes, incapables d’imaginer eux-mêmes une doctrine, adoptèrent celles de la Grèce, de la Perse et de l’Inde. C’est surtout par les travaux de l’École d’Alexandrie qu’ils furent initiés à cette science. Les Ptolémées avaient réuni dans cette ville, grâce à leurs libéralités, de nombreux savants venus de différentes parties du monde civilisé d’alors, notamment de la Grèce, de la Syrie et de la Perse. Ces savants, dont les travaux s’échelonnent du IIIe siècle à la fin du Ve siècle, étaient au courant des diverses hypothèses qu’avait pu enfanter le cerveau humain. Grâce à eux, l’École d’Alexandrie fut comme un creuset où se mêlèrent la philosophie orientale et la philosophie grecque : deux conceptions absolument différentes (12).

La philosophie orientale, représentée par les doctrines juives et chrétiennes, était imprégnée d’un mysticisme dont il faudrait peut-être chercher l’origine jusque dans les croyances de l’Inde, Le Soufisme musulman, qui prit naissance vers le deuxième siècle de I’Hégire, semble dériver du boudhisme et vient effectivement de l’Inde. L’homme purifié par la méditation, l’extase et l’observation rigoureuse de certaines règles, peut s’élever jusqu’à la divinité et s’identifier avec elle. C’est du soufisme que s’inspirèrent les fondateurs des différentes confréries religieuses de l’Islam et qui sont autant de manifestations du mysticisme oriental.

La philosophie grecque, au contraire, fondée sur le raisonnement et la logique, se partageait entre deux conceptions : le péripatétisme d’Aristote et le spiritualisme de Platon. Ce sont les théories platoniciennes qui servirent de trait d’union entre le réalisme grec et le mysticisme oriental (13).

Le péripatétisme fut introduit à Alexandrie, vers le deuxième siècle de J.-C. par Alexandre d’Aphrodise ; mais sous l’influence des doctrines juives et chrétiennes, la doctrine d’Aristote fut quelque peu modifiée et déformée. Ammonius Saccas, Plotin, Porphyre, Themistius, Syrianus, David l’Arménien, Simplicius, Jean Philopon, Jamblique, furent les disciples aristotéliens plus ou moins fidèles dont s’inspirèrent les Arabes. Ceux-ci connurent leurs travaux par les versions et les commentaires des Coptes, mais ils ne furent jamais en possession des ouvrages originaux d’Aristote (14).

C’est dans ces conditions que furent écrits les traités d’Honani et de Yahia le grammairien, sur Aristote, ceux d’Alkendi, d’Alfarabi, d’Avicenne, d’Avenpace sur Platon.

Par les commentaires de l’École d’Alexandrie (15), les Arabes connurent aussi les traditions se rapportant aux Sept Sages et aux philosophes secondaires, mais ils copièrent surtout les ouvrages des continuateurs d’Aristote, plus particulièrement ceux de Themistius, d’Alexandre Aphrodisias, d’Ammonius Saccas et de Porphyre (16). Plotin et Proclus jouirent auprès d’eux de la plus haute faveur. Les propositions d’Appollonius de Thyane, de Plutarchus, de Valentinien, leur furent familières. Ils adoptèrent les idées de ces auteurs ; ils les déformèrent souvent, soit parce qu’ils ne les comprenaient pas, soit parce qu’ils voulaient les faire cadrer avec les dogmes musulmans, mais ils n’y ajoutèrent rien d’original.

L’un des derniers et des plus célèbres philosophes arabes, Averrhoës, rédigea sur Aristote des commentaires avec extraits qui firent sa renommée à une époque où l’on ignorait les ouvrages du philosophe grec. Le système désigné au Moyen-Age et à la Renaissance sous le nom d’Averrhoïsme n’a rien d’original. Il n’est que le résumé des doctrines communes aux péripatéticiens arabes et empruntées par ceux-ci aux écrivains de l’École d’Alexandrie. Mais Averrhoës eut la fortune des derniers venus et passa pour l’inventeur des doctrines qu’il n’avait fait qu’exposer d’une manière plus complète (17). Comme Averrhoës ignorait le grec, il ne connut les écrits aristotéliens que par des versions arabes, faites sur des traductions syriaques et coptes.

Avicenne, qui rédigea une Encyclopédie des sciences philosophiques, compila les ouvrages des péripatéticiens grecs et des philosophes orientaux, d’après les traductions arabes des versions syriaques. (18)

La philosophie orientale, le mysticisme des Soufis trouva son plus célèbre interprète dans Al Ghazzali (1058), qui emprunta ses doctrines aux mystiques juifs et chrétiens de l’École d’Alexandrie (19). Tout en reconnaissant, comme Aristote, les droits sacrés de la raison, A1 Ghazzali estime « que les vérités consacrées par la raison ne sont pas les seules, qu’il en est d’autres auxquelles notre entendement est incapable de parvenir ; que force nous est de les accepter, quoique nous ne puissions les déduire à l’aide de la logique de principes connus ; qu’il n’y a rien de déraisonnable dans la supposition qu’au-dessus de la sphère de la raison, il y ait une autre sphère, celle de la manifestation divine et que si nous ignorons complètement ses lois et ses droits, il suffit que la raison puisse en admettre la possibilité.»

C’est la porte ouverte aux rêves et aux divagations de l’esprit. Le mysticisme oriental ne tarda pas à supplanter la logique grecque et les musulmans fanatiques acceptèrent avec faveur les théories de A1 Ghazzali qui devint le philosophe de l’orthodoxie. L’un de ses écrits : « Vivification des sciences de la religion », eut une telle célébrité, qu’il valut à son auteur le qualificatif de Hojiet-el-Islam, preuve de l’Islamisme.

Entre ces deux tendances philosophiques : logique d’Aristote et mysticisme oriental, on constate une foule d’influences secondaires : byzantine, égyptienne, persane ou indienne.

Chacun des peuples soumis transmit au vainqueur une partie de ses conceptions. L’Arabe, incapable de rien tirer de son propre fonds, copia, adapta, imita et défigura. C’est dans ces influences étrangères qu’il faut chercher l’origine des sectes religieuses qui divisèrent l’Islam. Ces sectes prirent naissance partout où l’esprit arabe se heurtant à d’autres conceptions religieuses, il se produisit une sorte de fusion des doctrines.

En somme, il n’y a pas, à proprement parler, de philosophie arabe. Il y a des adaptations au génie arabe, à la mentalité arabe, des doctrines philosophiques grecques, alexandrines et orientales. A ces adaptations, la philosophie n’a rien gagné ; son bagage de connaissances ne s’est pas accru ; son horizon ne s’est pas élargi. Les Arabes ont laissé les doctrines d’Aristote et des philosophes juifs et chrétiens, telles qu’elles leur avaient été transmises. Ils ont copié ; ils n’ont ni inventé, ni amélioré.

Il est curieux de constater que les meilleurs grammairiens, ceux qui ont le mieux expliqué le mécanisme et le génie de la langue arabe, sont des étrangers islamisés, persans, syriens, ou égyptiens (20). Sibawaih, Farezi, Zedjadj, Zamakschari sont des persans convertis. Les lexicographes Ismaïl ben Hammad Djewhri et Firouzabadi sont également des Persans.

Parmi les rhéteurs et les philologues, la plupart sont Persans ou Syriens. Tels sont Ebn-el­Sekaki que l’on a comparé à Quintilien pour la clarté et à Cicéron pour la richesse du style (21) ; AI Soiouthi, qui traite de la pureté, de l’élégance, de l’énergie de la langue arabe et, joignant l’exemple aux préceptes, cite des passages des auteurs les plus estimés avec leurs témoignages à l’appui de ses doctrines.

Il est juste de reconnaître que les Arabes ont produit des grammairiens remarquables et nombreux. Le génie arabe, particulièrement doué pour la compilation, l’analyse minutieuse et les commentaires qui exigent peu d’imagination, a trouvé, dans les études grammaticales, un champ qui lui convenait.

Traités en prose, traités en vers, abondent. Les uns et les autres sont farcis de citations auxquelles nous devons de connaître une foule d’écrivains dont les œuvres ne nous sont pas parvenues.

Dans la littérature proprement dite, dans la littérature d’imagination, apparaît, plus encore que dans les sciences, la pauvreté d’invention des Arabes et la sécheresse de leur esprit. Les seules productions originales du génie arabe, ce sont les Moallakat.

Dès les temps les plus reculés, il y avait en Arabie, des poètes, sorte de trouvères qui allaient récitant leurs vers de tribu en tribu, de marché en marché (22). Le marché le plus important d’alors était celui d’Okadh, dans le Hedjaz. Les poètes y venaient faire montre de leur talent ; ils s’y livraient des tournois littéraires et le poème, jugé le meilleur, était inscrit en lettres d’or et suspendu au temple de la Caâba. C’est ce qui a fait donner aux poèmes antéislamiques les plus célèbres le nom de Modhahhabat (dorés) ou Mohallakat (suspendus, ou, plus probablement, considérés comme ayant une grande valeur, de la racine : allaka).

Le sujet, la forme et le rythme de ces poèmes sont invariables. Ceux qui nous sont parvenus, les Moallakat d’Imroulkaïs, de Tarafa, de Nabiga et de Amr ibn Koltoun sont des compositions d’une centaine de vers. L’auteur y célèbre son pays natal et sa belle ; il se lamente d’en être éloigné ; puis il vante ses propres exploits, son cheval, ses armes et tourne en ridicule ses ennemis. Ce sont des tableaux exacts de la vie nomade et guerrière des Bédouins avant Mahomet. Leur valeur littéraire est à peu près égale à celle des poèmes de nos trouvères. (23)

On possède, d’une époque un peu postérieure aux Moallakat, des chants recueillis dans le Kitab el Aghani : Plaintes d’un amant éloigné de sa belle ou éconduit, airs de bravoure d’un guerrier, vociférations de vengeance, glorification d’une tribu ou d’un fait d’arme, injures à l’adresse d’un ennemi. Ces petites pièces rappellent les ballades de notre Moyen-Age. C’est à peu près tout ce que l’on peut attribuer au génie arabe, à son inspiration personnelle.

Aussitôt après la mort de Mahomet, lorsque les Arabes furent jetés, par leurs conquêtes rapides, au milieu de peuples plus civilisés et plus affinés, leur littérature ne tarda pas à subir l’influence des étrangers. Au contact des Byzantins et des Persans, les poètes, comme les guerriers, s’amollissent. Ils ne chantent plus les combats, ni la vengeance ; ils se muent en courtisans ; ils célèbrent le Calife et les personnages influents dont ils espèrent tirer des faveurs et des gratifications. Pour plaire au maître tout puissant qui vit à la manière d’un roi de Perse ou d’un empereur byzantin, au milieu du luxe et des plaisirs, ils chantent la bonne chère, le vin, l’amour et les femmes. Comme les sujets sont peu variés, ils s’efforcent de les renouveler par la recherche de l’expression, la virtuosité du style, par l’emploi de mots rares et savants et par des jeux de mots et des traits d’esprit.

Telle est la littérature arabe au temps des Ommeyades et des premiers Abbassides. Motanebbi, lbn Doreid, Abou l’Oli, Omar Ibn Faradln, en sont les principaux représentants.

A partir des Califats de Haroun-ar-Rachid et de El Mamoun, lorsque les Arabes sont initiés aux connaissances scientifiques grecques, par les traductions syriaques et arabes des ouvrages de l’Antiquité, leur littérature devient exclusivement didactique. Les poètes composent en vers des traités de grammaire, de prosodie, d’astronomie, de mathématiques, de jurisprudence. Ces écrits n’ont pas plus de valeur originale que les ouvrages en prose des écrivains scientifiques. Ce sont des compilations faites sur des versions syriaques et cette littérature, qui embrasse plusieurs siècles, révèle la pauvreté du génie arabe, son impuissance à rien tirer de son propre fonds.

La fable et l’apologue occupent une place importante dans cette littérature. Là encore, les Arabes ne font que reproduire en les adaptant à leur mentalité, en les islamisant, les compositions de l’Inde, de la Perse et de la Grèce. Calila et Dimna est une traduction du Persan. Les fables de Lokman sont copiées sur celles de l’Inde et de la Grèce. Elles furent très probablement rédigées par un chrétien syrien.

Les quelques romans arabes qui nous sont parvenus sont également d’inspiration étrangère. L’intrigue et le merveilleux des Mille et une Nuits sont empruntés à la Perse. Seules, les scènes de la vie arabe sont originales : ce sont des reproductions terre à terre de la réalité (24). On en peut dire autant du roman d’Antar, sorte d’épopée en prose, consacrée à la peinture de la vie guerrière des Bédouins.

La poésie épique et la poésie dramatique qui exigent de l’invention n’existent pas chez les Arabes. C’est une preuve nouvelle de leur pauvreté d’imagination.

Il y a, dans la littérature arabe, une période incomparable : la période andalouse. Sous les Ommeyades d’Espagne, la langue arabe a servi à exprimer des pensées originales, comme cela ne lui était jamais arrivé. Richesse d’invention abondance de sentiments naturels, fraîcheur d’expression, idées fines et délicates : telles sont les caractéristiques des poèmes de cette époque. Malheureusement, ils ne sont pas d’inspiration arabe, mais latine. La plupart de ces poèmes ont été composés par des Andalous islamisés, c’est-à-dire par de purs latins ; les autres, par des Arabes, nés en Espagne et qui avaient reçu une culture latine. On sent, dans leurs productions, briller le génie latin. On y trouve des élans d’imagination, des sensations exprimées avec une grâce et une délicatesse inconnues aux meilleurs écrivains arabes. Comme l’a dit un historien (25), au fond de leur coeur, il reste toujours quelque chose de pur, de délicat et de spirituel qui n’est pas arabe.

Dans les temps modernes, la littérature arabe est restée stérile. Depuis les derniers Califes Abbassides, elle n’a produit aucune oeuvre digne de remarque. Elle a vécu et elle vit encore sur le passé. Dans les écoles, d’ailleurs exclusivement religieuses, on continue à lire le Koran et ses commentateurs orthodoxes, ainsi que les vieux ouvrages de jurisprudence et de grammaire ; mais aucun lettré n’est capable de produire une oeuvre nouvelle. Aussi bien, la société musulmane, figée dans la contemplation du passé, n’éprouve pas le besoin de penser autrement que les générations qui l’ont précédée. L’Islam, sécrétion du cerveau arabe, a paralysé les esprits et il a dressé entre les musulmans et les autres peuples une barrière infranchissable.

Dans les beaux-arts, les Arabes n’ont pas montré plus d’originalité que dans les sciences et les lettres. Leur nullité est absolue en sculpture et en peinture (26). On a cru trouver la cause de cette infériorité dans la défense faite, par la loi religieuse, de représenter des êtres animés. Or, le Koran n’exprime cette défense que dans un seul passage et en termes assez vagues : « O croyants, le vin, les jeux de hasard, les statues et le sort des flèches sont une abomination inventée par Satan. Abstenez-vous-en et vous serez heureux » (27).

Il est à peu près certain que par le terme de statues, le Koran a voulu désigner les représentations des divinités païennes, les idoles. C’est la vieille prescription du Décalogue : «Vous ne ferez point d’images taillées… Vous ne les adorerez point ». Il n’a pas songé à défendre l’imitation artistique des êtres animés par la peinture et la sculpture. Dans le texte arabe, le mot statue est rendu par ansab, pluriel de nasb, terme qui désigne une pierre taillée dans un lieu consacré à une divinité protectrice. Dans un autre passage du Koran, le mot nasb est employé dans le sens d’autel. C’est bien le sens qu’il a dans le passage qui nous occupe. C’est donc par une erreur d’interprétation que les commentateurs ont étendu ce mot aux statues et aux représentations des êtres animés. Tous les musulmans n’ont pas d’ailleurs accepté cette interprétation étroite. En Perse et dans l’Inde, on trouve souvent dans les arabesques des figures d’êtres animés. Makrizi rapporte que le Calife Moawiah s’était fait représenter sur des monnaies ceint d’une épée (28).

Il convient de remarquer aussi que la poésie a été plus maltraitée dans le Koran que la sculpture et cela n’a pas empêché les Arabes de la cultiver : « Vous dirai-je – lit-on dans le Livre révélé – quels sont les hommes sur lesquels descendent les démons et qu’ils inspirent. – Ils descendent sur tout menteur livré au pêché et enseignant ce que leurs oreilles ont saisi. Or, la plupart mentent. Ce sont les poètes que les hommes égarés suivent à leur tour. Ne vois-tu pas qu’ils suivent toutes les routes comme des insensés, qu’ils disent ce qu’ils ne font pas? » (29)

Or, la poésie a continué de s’épanouir malgré les malédictions du Prophète. Il est donc permis de supposer que si la sculpture et la peinture ne se sont pas développées, c’est que les Arabes n’avaient pour elles aucune aptitude. Ce qui le prouve, c’est qu’ils ne les ont pas pratiquées avant l’Islam, alors qu’ils devaient les connaître par leurs relations avec les Romains, les Grecs, les Égyptiens et les Perses. Ce n’est donc pas à la loi religieuse qu’il faut attribuer leur nullité artistique, c’est à leur inaptitude nationale. La loi religieuse n’est que l’expression du génie arabe et elle a traité avec dédain ce que, par impuissance, l’Arabe méprisait.

En architecture, aucune originalité (30). Le Bédouin nomade ne s’en est jamais soucié puisqu’il vivait sous la tente. Dans les villes, comme La Mekke et Médine, c’était une architecture primitive. Des murs en torchis, des toits en feuilles de palmier. Le fameux temple de la Kaâba n’était qu’une modeste enceinte de pierres et de briques de terre séchée au soleil. La première mosquée que Mahomet construisit à Médine, après sa fuite de La Mekke, était une très modeste construction en briques séchées au soleil (31).

Les Arabes ne connurent l’architecture que lorsqu’ils sortirent de leur pays. En Syrie et en Perse, ils virent les monuments byzantins et persans, les uns et les autres inspirés de l’art grec (32).

Les Grecs furent, en architecture, les grands initiateurs de l’Orient ; ce sont eux qui construisirent la plupart des palais des rois de Perse et c’est d’eux, en définitive, que les Arabes s’inspirèrent. La coupole, si répandue chez les Musulmans, est d’origine persane ; elle fut adoptée par les Grecs, puis par les Byzantins.

Les architectes syriens, combinant l’art grec avec l’art perse, avaient contribué à la création de ce qu’on est convenu d’appeler l’art byzantin. C’est le Syrien Anthemios de Tralles qui établit les plans de Sainte-Sophie (532-537) où se rencontrent toutes les caractéristiques de l’art attribué à tort aux Arabes, coupole, dentelles de pierre, mosaïques, faïences colorées, arabesques. Mais la coupole était, depuis longtemps, en usage en Perse, comme le prouve la coupole de la salle d’audience de Chosroës I et celle du palais de Machita, élevé par Chosroës II. C’est la Perse qui a inventé la voûte. Tout ce qui est voûte ou coupole dans le monde vient de Perse. Rome connut la voûte et la coupole dès le premier siècle. Les plus anciens modèles s’en trouvent à Tivoli et à la ville d’Hadrien, ainsi qu’aux thermes de Caracalla.

Les dessins muraux, ce que l’on a, par la suite, appelé des arabesques, sont nés en Grèce et en Égypte. Les salles immenses dont le plafond est supporté par une forêt de colonnes sont également d’origine grecque. La grande Mosquée, de Cordoue, l’Alhambra, de Grenade, sont les produits de l’art gréco-latin, comme les gaufrages et les ciselures des plafonds et des Murailles (33).

On a cru longtemps que nos artistes du Moyen-Age avaient subi l’influence de l’art arabe, on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien, non seulement parce qu’il n’y a pas d’art arabe à proprement parler, mais aussi parce que ce n’est pas par l’entremise des Arabes que l’art oriental fut introduit en France. Les nombreux objets trouvés dans les trésors des églises, et que l’on attribuait à tort aux Arabes, ne doivent rien à ceux-ci. Ce qui en subsiste a pu être identifié et ne permet aucun doute à cet égard. Telle pièce d’ivoire représentant un roi d’Orient accroupi sur un éléphant est une pièce d’échecs de travail hindou. Les coupes sont persanes. L’épée de Charlemagne, conservée au Louvre, est un travail persan. Les étoffes précieuses qui enveloppent des reliques, comme le suaire de Saint-Victor ou celui de Saint-Siviard, à Sens, sont des étoffes persanes. Une autre décorée d’une frise d’éléphants, qui se trouve au Louvre, vient de l’Inde. C’est l’art de la Perse que les Croisades nous ont apporté, l’art du temps des rois Sassanides, c’est-à-dire d’une époque de réaction du nationalisme persan contre les Arabes.

Mais l’art oriental a été introduit, en France, bien avant l’invasion arabe et bien avant les Croisades, par les Grecs et les Syriens qu’on trouve, commerçant à Narbonne, à Bordeaux à Lyon et jusqu’à Metz, dès les temps mérovingiens (34).

Au Ve et au VIe siècles, nous avons subi l’influence de l’art byzantin. Les gravures à plat, les arabesques, les dentelles sculptées qui furent à la mode, chez nous, au VI° siècle, venaient de Perse et de Syrie ; leur origine remonte aux artistes assyriens et égyptiens.

On sait depuis les découvertes de Foucher au Gandhara que ce sont les Grecs d’Alexandre qui enseignèrent à l’Asie les principes de la gravure en relief.

En musique, les Arabes ont manifesté la même nullité. D’une façon générale, les Musulmans la considèrent comme un art mercenaire, au même titre que la danse (35). Dans ses Prolégomènes, Ibn-Khaldoun en parle avec quelque mépris : « Nous savons, dit-il, que Moawiah reprocha vivement à Yézid, son fils, d’aimer la musique vocale et qu’il la lui défendit. »

Et dans un autre passage : « Un jour, je reprochais à un émir de naissance royale son empressement à apprendre la musique et je lui disais :

– Cela n’est pas votre métier et ne convient pas à votre dignité.

– Comment ! Me répondit-il, ne voyez-vous pas qu’Ibrahim, fils de El Madhi (le troisième Calife Abbasside), excellait dans cet art et était le premier chanteur de son temps !

– Par Dieu ! Lui répondis-je, pourquoi ne prenez-vous pas plutôt pour modèle son père ou son frère ? Ne savez-vous pas que cette passion fit déchoir Ibrahim du rang qu’occupait sa, famille ? »

Le chant et la danse étaient peu considérés à Rome et en Grèce. Or, comme les Arabes ont copié la civilisation gréco-latine, il n’est pas impossible qu’ils aient adopté ses préjugés à l’égard de cet art (36).

Si l’on voulait résumer ce qui précède d’une formule brève, on pourrait dire qu’il n’y a pas, à proprement parler, de science arabe, de philosophie arabe, de littérature arabe, d’art arabe ; c’est-à-dire que les Arabes n’ont rien produit d’original, de personnel, en science, en philosophie, en littérature, en art. Ils ont copié ; ils ont imité ; ils ont transposé; ils ont compilé ; ils n’ont rien tiré de leur propre fonds; ils n’ont rien ajouté aux connaissances qu’ils ont empruntées aux Grecs et aux Latins; ils n’ont rien produit qui porte le caractère de leur génie, de leur race. Ils ont tout emprunté à la civilisation gréco-latine, ou plutôt c’est la civilisation gréco­latine qui leur a été imposée par les peuples conquis.

Il en résulte qu’à travers l’histoire musulmane, on constate deux influences contraires : l’une exercée par les peuples étrangers, islamisés, Syriens, Persans, Indiens, Égyptiens, Andalous, qui tend à introduire dans l’Islam la civilisation étrangère. Aux époques où cette influence est prépondérante, il se produit un épanouissement de civilisation au développement duquel les Arabes sont étrangers, qui s’effectue malgré eux, contre eux.

L’autre influence, exercée par les éléments arabes, est hostile à tout progrès, à toute innovation. Incapable de concevoir un état meilleur, l’Arabe entend rester ce qu’il est : un berger, un guerrier, un nomade. Les autres peuples le poussent vers la civilisation ; il leur résiste de toutes ses forces; il leur oppose son apathie, son ignorance, sa paralysie intellectuelle. Quand il domine, il arrête toute marche en avant ; peu à peu, il introduit, par la religion, sa mentalité, ses conceptions, dans les moeurs et les habitudes des peuples soumis; il les leur impose par la loi et il finit, en agissant sur les générations successives, par les frapper de paralysie et de stagnation.

Ces deux influences s’opposent pendant des siècles, avec des fortunes diverses. Finalement, l’influence arabe, appuyée sur la force matérielle, l’emporte et c’est la ruine de toute civilisation.

(01) YACOUB ARTIN PACHA. – L’Instruction publique en Egypte. P.11 et 12.
(02) SEDILLOT. – Histoire des Arabes.
(03) SEDILLOT. – Recherches pour servir à l’histoire des sciences mathématiques chez les Arabes.
(04) Clément MULLET. – Recherches sur l’histoire naturelle et physique chez les Arabes.
(05) BERTHELOT. – Origine de la chimie. – HOEFER. – Histoire de la chimie.
(06) LECLERC. – Histoire de la médecine arabe.
(07) DIGUAT. – Histoire de la Médecine.
(08) SEDILLOT. – Histoire des Arabes.
(09) SYLVESTRE DE SACY. – Anthologie arabe.
(10) SEDILLOT. – Histoire des Arabes.
(11) REINAUD. – Introduction à la géographie d’Aboulfeda.
(12) MATTER. – Histoire de l’Ecole d’Alexandrie.
(13) Michel NICOLAS. – Etudes sur Philon d’Alexandrie.
(14) Jules SIMON. – Histoire de l’Ecole d’Alexandrie.
(15) VACHROT. – Histoire critique de l’école d’Alexandrie.
(16) RAVAISON. – Essai sur la métaphysique d’Aristote.
(17) RENAN. – Averrhoës et l’averrhoïsme.
(18) MEHRENS. – La philosophie d’Avicenne.
(19) DUGAT. – Histoire des philosophes et des théologiens musulmans.
(20) SYLVESTRE DE SACY. – Chrestomathie arabe.
(21) SEDILLOT. – Histoire des arabes.
(22) LARROQUE. – Voyage dans la Palestine.
(23) CAUSSIN DE PERCEVAL. – Histoire des Arabes avant l’Islamisme.
(24) DOZY. – Histoire des Musulmans d’Espagne.
(25) DOZY. Histoire de Musulmans d’Espagne.
(26) PRISSE D’AVESNE. – L’art arabe.
(27) KORAN. – Ch. V, Vers. 92.
(28) MAKRIZI. – Monnaie musulmanes. Trad. de Sylvestre de Sacy.
VICTOR LANGLOIS. – Numismatique des Arabes avant l’Islamisme.
(29) KORAN. – Ch.27, Vers. 221.
(30) GAYET. – l’Art arabe.
(31) BOURGOIN. – Précis de l’art arabe.
(32) BAYET. – L’art byzantin. Voir le Chap. consacré aux influences byzantines en Orient.
(33) KONDAKOF. – Histoire de l’art byzantin.
(34) Louis GILLET. – Histoire des arts.
(35) Salvador DANIEL. – La musique arabe.
(36) YACOUB ARTIN PACHA. – L’instruction publique en Egypte.

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Une Réponse to “CHAPITRE XIV (14)”

  1. J’ai reçu un message réconfortant. Merci. « Francaisdefrance's Blog Says:

    […] Comprendre la religion et la mentalité mahométane – André SERVIER, 1923 « CHAPITRE XIV (14) CHAPITRE XII (12) […]

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