CHAPITRE I (1)

La France doit avoir une politique musulmane s’inspirant des réalités et non des opinions reçues et des légendes. – On ne peut connaître une fraction quelconque du peuple musulman qu’en étudiant l’histoire Arabe, parce que tous les musulmans sont solidaires et parce que l’Islam n’est qu’une sécrétion du cerveau arabe. – Il n’y a pas des civilisation arabe. – Les origines d’une légende. – Comment furent dupés les clercs du Moyen-Age et les historiens modernes. – L’Arabe est un réaliste et non un imaginatif. – Il a copié, en la déformant, la pensée des autres peuples. – L’Islam, par ses dogmes immuables, a paralysé les cerveaux et tué l’esprit d’initiative.

La France est une grande puissance musulmane. C’est un lieu commun, mais c’est aussi une vérité qui cesse d’être banale, malgré les redites, si l’on songe que notre pays tient en tutelle plus de vingt millions de musulmans, cimentés par la solidarité religieuse au bloc formidable des trois cents millions d’adeptes que compte l’Islam.

Ce bloc est divisé, superficiellement, par des rivalités ethniques et même, parfois, par des intérêts opposés, mais la religion exerce une telle influence sur les individualités qui le composent, elle les domine avec une telle force, que l’ensemble forme, au milieu des autres peuples, une véritable nation dont les différentes fractions, fondues dans le même creuset, obéissant au même idéal, possédant les mêmes conceptions philosophiques, sont animées de la même foi intransigeante dans l’excellence du dogme sacré et de la même méfiance hostile à l’égard de l’étranger- l’infidèle- : c’est la Nation Musulmane.

L’Islam n’est pas seulement une doctrine religieuse qui ne compte ni sceptiques ni renégats [1] ; c’est une patrie ; et si le nationalisme religieux dont sont imprégnés tous les cerveaux musulmans n’a pas réussi jusqu’à présent à menacer l’humanité d’un grave péril, c’est que les peuples unis par son lien sont tombés, par la rigidité même de son dogme, par la contrainte impitoyable qu’il exerce sur les esprits, par la paralysie intellectuelle dont il les frappes, dans un tel état de décrépitude et de déchéance, qu’il leur est impossible de lutter contre les forces matérielles mises par la science au service de la civilisation occidentale.[2]

Mais même tel qu’il est, l’Islam n’est pas un élément négligeable dans les destinées de l’humanité. Son bloc de trois cents millions de fidèles s’accroît sans cesse parce que dans la plupart des pays musulmans, le chiffre des naissances dépasse celui des décès et aussi parce que la propagande religieuse recrute chaque jour des nouveaux adhérents parmi les peuplades encore barbares.

On estime à plus de six millions le nombre des conversions obtenues depuis vingt ans dans les Indes Anglaises, malgré les précautions du colonisateur. On constate des progrès semblables en Chine, dans le Turkestan, en Sibérie, en Malaisie et en Afrique. Dans le continent noir, toutefois, la propagande active des Pères Blancs combat victorieusement le prosélytisme musulman.

Il importe donc que nous songions, comme l’a dit Le Chatelier, à fonder sur une étude intelligente de l’Islam une politique musulmane dont l’action bienfaisante s’étende non seulement sur nos colonies africaines, mais sur le monde musulman tout entier.

Nous devons comprendre la nécessité de traiter autrement que par prétérition plus de vingt millions d’indigènes qui seront toujours l’unique population active des colonies du Centre et de l’Ouest africain et dont la supériorité numérique en Algérie, en Tunisie et au Maroc ne fera que croître dans l’avenir.[3]

Nous n’arriverons à réaliser une œuvre utile et durable que si nous connaissons parfaitement la mentalité et la psychologie du musulman, autrement que par des préjugés et des légendes.

Il serait puéril de croire qu’il nous suffira de borner cette connaissance à nos seuls sujets musulmans, dans le but de les bien gouverner. Comme il a été dit plus haut, le Musulman n’est pas un être isolé ; le Tunisien, l’Algérien, le Marocain, le Soudanais ne sont pas des individus dont l’horizon s’arrête au limites artificielles créées par les diplomates et les géographes. Avant d’appartenir à telle ou à telle formation politique, ils sont citoyens de l’islam. Ils appartiennent moralement, religieusement, intellectuellement, à la grande Patrie Musulmane dont la capitale est La Mecque et dont le chef – théoriquement incontesté- est le Commandeur des Croyants. Leur mentalité a été au cours des âges, lentement pétrie, modifiée, imprégnée par la doctrine religieuse du Prophète et comme celle-ci n’est, elle-même, qu’une sécrétion du cerveau arabe, il s’ensuit qu’il faut étudier l’Histoire arabe si l’on veut connaître et comprendre l’âme et l’esprit d’une fraction quelconque du monde musulman.

Une telle étude est difficile, non pas que les documents fassent défauts : ils abondent, au contraire :- L’Islam est né et s’est développé en pleine lumière historique, -mais parce que la religion musulmane et les Arabes sont voilés à nos yeux par un nuage si prodigieux d’opinions reçues, de légendes, de préjugés et d’erreurs, qu’il semble à peu près impossible de le dissiper.

Il faut cependant entreprendre cette tâche si nous voulons sortir de l’ignorance dans laquelle nous sommes de la psychologie musulmane.

Jules Lemaître eut, un jour, à présenter au public l’ouvrage d’un jeune écrivain Egyptien sur la poésie arabe. L’auteur, novice, déclarait avec une belle assurance que la littérature arabe était la plus riche et la plus brillante de toutes les littératures connues et que la civilisation arabe était la plus haute et la plus éclatante.

Jules Lemaître qui, dans ses jugements, préférait, comme Sainte-Beuve, s’en tenir prudemment aux opinions moyennes –à mi-côte- éprouvait quelque répugnance à contresigner une pareille affirmation. D’autre part, la courtoisie lui imposait de ne point trop souligner la pauvreté et la sécheresse de la littérature arabe. Il se tira fort habilement de ce pas difficile par cette observation restrictive :

« On a peine à comprendre qu’une civilisation si noble, si brillante, dont les images nous charment toujours et qui eut jadis une telle force d’expansion, semble avoir perdu maintenant sa vertu. C’est un des mystères et une des tristesses de l’histoire. »

Cette remarque d’un esprit subtil, habitué à ne point accepter à la légère les opinions reçues, est parfaitement justifiée. Si l’on admet, en effet, toutes les qualités que l’on prête habituellement à la civilisation arabe, si l’on s’incline béatement devant la prestigieuse splendeur dont la parent historiens et littérateurs, il est difficile d’expliquer comment l’Empire des Califes a pu tomber jusqu’à l’état de décrépitude où nous le voyons aujourd’hui, entraînant dans sa chute des peuples qui, sous d’autres guides, avaient manifesté d’incontestables aptitudes à la civilisation.

Pourquoi les Syriens, les Egyptiens, les Berbères ont-ils perdu, dès qu’ils furent islamisés, l’énergie, l’intelligence, l’esprit d’initiative qu’ils avaient montrés sous les dominations Grecques et Romaine ? Comment les Arabes, eux-mêmes, qui furent, au dire des historiens, les professeurs de l’Occident en science et en philosophie, oublièrent-ils leurs brillantes connaissances pour tomber dans une ignorance qui les relègue aujourd’hui au rang des peuples barbares ?

Si nous nous posons encore ces questions, c’est uniquement parce que nous n’avons jamais recherché les causes réelles de l’expansion rapide de la conquête arabe, que nous n’avons pas situé cette conquête dans son cadre historique, au milieu des circonstances exceptionnelles qui la favorisèrent et aussi parce que n’ayant pas pénétré la psychologie du musulman, nous ne sommes pas à même de comprendre comment et pourquoi l’empire immense des Califes s’est effondré ; comment et pourquoi il devait fatalement s’effondrer, frappé de paralysie et de mort par une doctrine religieuse rigide qui domine et commande tous les actes de la vie, toutes les manifestations de l’activité et qui, ne concevant pas le progrès matériel comme un idéal digne d’être poursuivi, à immobilisé ses adeptes hors des grands courants civilisateurs.

Nous vivons, en Europe, en ce qui concerne l’Islam et les peuples musulmans, sur une vieille erreur qui, depuis les temps les plus lointains, a faussé le jugement des historiens et qui a souvent inspiré aux hommes d’Etat des attitudes et des décisions nullement conformes aux réalités.

Cette erreur consiste à reconnaître aux Arabes une influence civilisatrice qu’ils n’ont jamais exercée. Les écrivains du Moyen-Age qui, par une absence de documentation précise, désignaient sous le nom d’Arabes tous les peuples de religion musulmane et qui voyaient l’Orient à travers le fabuleux mirage des légendes dont l’ignorance entourait alors les contrées lointaines, ont travaillé inconsciemment à répandre cette erreur.

Ils y furent aidés par les Croisés, gens rudes et grossiers pour la plupart, plus soldats que lettrés, qui avaient été éblouis par le faste superficiel des cours orientales et qui rapportèrent de leur séjour en Palestine, en Syrie ou en Egypte des jugements dénués de tout esprit critique. D’autres circonstances contribuèrent également à créer cette légende de la civilisation arabe.

L’établissement du gouvernement des Califes dans le Nord de l’Afrique, en Sicile, puis en Espagne, provoqua des relations entre l’occident et les pays d’Orient. A la faveur de ces relations, des ouvrages de philosophie et de science rédigé en langue arabe ou traduits de l’arabe en latin parvinrent en Europe et les lettrés du Moyen-Age, dont le bagage scientifique était fort léger, admirent ingénument ces écrits qui leur révélaient des connaissances et des méthodes de raisonnement, nouvelles pour eux.

Ils s’enthousiasmèrent pour cette littérature et ils en conclurent de très bonne foi que les Arabes avaient atteint un haut degré de culture scientifique. Or, ces écrits étaient, non pas des productions originales du génie arabe, mais des traductions d’ouvrages grecs des Ecoles d’Alexandrie et de Damas, rédigées d’abord en syriaque, puis en arabe, à la demande des Califes Abbassides, par des scribes syriens devenus musulmans.

Ces traductions n’étaient même pas des reproductions fidèles des ouvrages originaux, mais plutôt des compilations d’extraits et de gloses, tirés des commentateurs d’Aristote, de Galien et d’Hippocrate, appartenant aux Ecoles d’Alexandrie et de Damas, notamment d’Ammonius Saccas, de Plotin, de Porphyre, de Jamblique, de Longin, de Proclus, etc.[4]

Et ces extraits déjà déformés par deux traductions successives, du grec en syriaque et du syriaque en arabe, étaient encore défigurés et tronqués par l’esprit d’intolérance des scribes musulmans. La pensées des auteurs grecs était noyée dans les formules religieuses imposées par le dogme islamique ; le nom des auteurs traduits n’était pas mentionné, de telles sortes que les lettrés européens ne purent soupçonner qu’il y avait traduction, imitation ou adaptation et qu’ils attribuèrent aux Arabes ce qui appartenait aux Grecs. [5]

La plupart de clercs du Moyen-Age ne connurent même pas ces travaux, mais seulement les adaptations qui en furent faites par Abulcasis, Avicenne, Maimonide et Averrhoës. Ceux-ci puisèrent notamment dans les Pandectes de Médecine, d’Aaron, prêtre chrétien d’Alexandrie, qui avait lui-même compilé et traduit en syriaque des fragments de Galien. Les ouvrages d’Averrhoës, Avicenne, et Maimonide furent traduits en latin et c’est par cette dernière version que les lettrés du Moyen-Age connurent la science arabe.

Il convient de rappeler qu’à cette époque la plupart des ouvrages de l’Antiquité étaient ignorés en Europe. Les Arabes passèrent donc pour des inventeurs et des initiateurs, alors qu’ils n’étaient que des copistes. Ce n’est que plus tard, à l’époque de la Renaissance, lorsque les manuscrits des auteurs originaux furent découverts, qu’ont s’aperçut de l’erreur, mais la légende de la civilisation arabe était implantée dans les esprits ; elle y est demeurée et les plus graves historiens en parlent encore aujourd’hui comme d’un fait indiscutable.

Montesquieu en a fait la remarque : « Il y des choses que tout le monde dit, parce qu’elles ont été dites une fois. »

Les historiens ont d’ailleurs été trompés par les apparences. La rapide expansion de l’Islam qui, en moins d’un demi-siècle après la mort de Mahomet, soumit à la domination des califes un immense empire s’étendant de l’Espagne jusqu’à l’Inde, leur a laissé supposer que les Arabes avaient atteint un haut de gré de civilisation. [6] Après les historiens, les littérateurs contemporains, épris d’exotisme, contribuèrent encore à fausser les jugements en nous montrant un monde arabe conventionnel, comme ils nous avaient montré un Japon, une Chine, une Russie de pacotille.

C’est ainsi que s’est créée la légende de la civilisation arabe. A qui tenterait de la combattre, on citerait péremptoirement les cadeaux du Calife Haroun-el-Rachid à Charlemagne, cette horloge merveilleuse qui frappa d’admiration les contemporains du vieil empereur à la barbe fleurie. On citerait également tant de noms illustres, Averrhoës, Avicenne, Avenzoar, Maimonide, Alkendi, pour ne parler que des plus connus.

Mais nous démontrerons plus loin, que ces noms ne sauraient être invoqués en faveur de la civilisation arabe et qu’au surplus cette civilisation n’a jamais existée.

Il y a une civilisation grecque, une civilisation latine ; il n’y a pas de civilisation arabe, si l’on désigne sous ce vocable l’effort personnel, original d’un peuple vers le progrès. Il y a peut-être une civilisation musulmane, mais cette civilisation ne doit rien aux Arabes, ni même à l’islam, les peuples, devenus musulmans, ne réalisèrent des progrès que parce qu’ils appartenaient à d’autres races que la race arabe et parce qu’ils n’avaient pas encore subi trop profondément l’empreinte de l’Islam. Leur effort fut accompli malgré les Arabes et malgré le dogme islamique.

Les prodigieux succès de la conquête arabe ne prouvent rien. Attila, Genseric, Gengis-Khan ont soumis nombre de peuples et cependant la civilisation ne leur doit rien.

Un peuple conquérant n’exerce une action civilisatrice que s’il est plus civilisé que les peuples conquis. Or, tous les peuples vaincus par les armées du Calife étaient parvenus, longtemps avant les Arabes, à un haut degré de culture, de telle sorte qu’ils purent leur communiquer un peu de leur savoir, mais qu’ils n’en retirèrent rien. Nous y reviendrons. Bornons-nous à citer, pour l’instant, les Syriens et les Egyptiens, dont les écoles de Damas et d’Alexandrie recueillirent les traditions de l’Hellénisme, le Nord de l’Afrique, la Sicile, l’Espagne, où survivait la pensée latine, la Perse, l’Inde, la Chine, héritières de civilisations illustres.

Les Arabes auraient pu s’instruire au contact des tant de peuples. C’est ainsi que les Berbères africains et les Espagnols s’assimilèrent très vite la civilisation latine, de même que les Syriens et les Egyptiens s’étaient assimilés la civilisation grecque, si bien que nombre d’entre eux, devenus citoyens de l’Empire Romain ou de l’Empire Byzantin, firent honneur, dans les lettres et les arts, à leur patrie d’adoption.

Contrairement à ces exemples, le conquérant arabe est resté barbare ; pis encore, il a étouffé la civilisation dans les pays conquis.

Que sont devenus les Syriens, les Egyptiens, les Espagnols, les Berbères, les Byzantins sous le joug musulman ? Que sont devenus les peuples de l’Inde et de la Perse, après leur soumission à la loi du prophète ?

Ce qui a fait illusion, ce qui a trompé les historiens, c’est que dans les pays conquis par les Arabes, la civilisation Gréco-Latine n’a pas péri immédiatement. Elle était si vivace, qu’elle continua, pendant deux ou trois générations, à pousser, sous la façade musulmane, des tiges vigoureuses. Le fait s’explique.

Dans les pays conquis, les indigènes avaient à choisir entre la religion musulmane ou un sort misérable, « Convertis-toi ou meurs ! Convertis-toi ou soi esclave ! » telles étaient les conditions du vainqueur.

Comme il n’est que les âmes d’élite capables de souffrir pour une idée – et les âmes d’élite sont peu nombreuses – et comme les religions auxquelles se heurtait l’Islam –paganisme moribond ou christianisme encore mal implanté – n’exerçaient pas encore une influence considérable sur les esprits, la plupart des peuples soumis préférèrent la conversion à la mort ou à l’esclavage. Paris vaut bien une messe : Nous connaissons la formule.

La première génération, devenue musulmane par la simple volonté du vainqueur, ne subit que superficiellement l’empreinte islamique ; elle conserva intactes sa mentalité et ses traditions ; elle continua à penser et à agir, moyennant quelques sacrifices de façade à l’Islam, comme elle en avait l’habitude. La langue officielle étant l’arabe, elle s’exprima en arabe, mais elle pensa en grec, en latin, en araméen, en italien ou en espagnol. De là ces traductions d’auteurs grecs, faites par les Syriens, traductions qui firent croire à nos clercs du Moyen-Age, comme nous l’avons vu, que les arabes avaient fondé la philosophie, l’astronomie et les mathématiques.

La deuxième génération élevée dans le dogme musulman, mais subissant l’influence des parents, manifesta encore quelque originalité, mais les générations suivantes, complètement islamisée, tombèrent vite dans la barbarie.

On constate cette déchéance rapide des générations successives sous le joug musulman dans tous les pays soumis aux Arabes, en Syrie, en Egypte, en Espagne. Après un siècle de domination musulmane, c’est l’anéantissement de toute culture intellectuelle.

Pourquoi ces peuples qui, sous l’influence grecque ou latine, avaient montré des aptitudes remarquables à la civilisation, ont-ils été frappés de paralysie intellectuelle sous le joug musulman, à un point tel qu’ils n’ont pu se relever malgré les efforts des peuples occidentaux ? C’est que leur mentalité a été déformée par l’Islam qui n’est, lui-même, qu’un produit, qu’une sécrétion du génie arabe.

Contrairement à l’opinion courante, l’Arabe est dépourvu de toute imagination. C’est un réaliste ; il constate ce qu’il voit ; il l’enregistre ; il est incapable d’imaginer, de concevoir au-delà de ce qu’il perçoit directement.

La littérature purement arabe est dénuée de toute invention. La part d’imagination qui apparaît dans certains ouvrages, comme les Mille et une Nuits, est d’origine étrangère[7]. Nous le démontrerons au cours de cette étude. C’est d’ailleurs l’absence de facultés inventives, tares du Sémite, qui explique la stérilité totale de l’Arabe en peinture et en sculpture.

En littérature, comme en philosophie et en science, l’Arabe a été un compilateur. Sa pauvreté intellectuelle se manifeste dans ses conceptions religieuses. Avant Mahomet, au temps du paganisme, les divinités arabes sont sans histoires ; aucune légende ne poétise leur existence ; aucun symbolisme ne pare leur culte. Ce sont des noms, probablement empruntés à d’autres peuples, mais derrière ces noms, il n’y a rien.

L’Islam lui-même n’est pas une doctrine originale ; c’est une compilation de tradition gréco-latines, bibliques et chrétiennes ; mais en s’assimilant des matériaux si divers, l’esprit arabe les a débarrassés de toute la parure de poésie, de symbolisme et de philosophie qu’il ne comprenait pas et il en a tiré une doctrine religieuse, froide et rigide, comme un théorème géométrique : Dieu, le Prophète, les hommes.

Cette doctrine s’est parfois ornée,, chez les peuples qui l’ont adoptée et qui n’avaient pas le cerveau stérile des Arabes, de toutes une floraison de légendes et de poésie ; mais ces ornements étrangers ont été combattus avec une farouche énergie par les représentants autorisés du dogme islamique et lorsqu’au deuxième siècle de l’Hégire, les Califes ont décidés, pour éviter toute déformation de la doctrine religieuse, d’en faire préciser l’esprit et la lettre, les travaux des quatre docteurs orthodoxes, hors desquels il est interdit d’interpréter les textes sacrés, ont fixé immuablement le dogme et ont tué, du même coup, chez tous les peuples musulmans, l’esprit d’initiative et l’esprit critique. Ils les ont comme momifiés intellectuellement, de telle sorte qu’ils sont restés, pareils à des rochers, au milieu du torrent qui emporte l’humanité vers le Progrès.

A partir de ce moment, la doctrine islamique, réduite à la simplicité de la conception arabe, a exercé son œuvre de mort avec d’autant plus d’efficacité qu’elle commande tous les actes de la vie ; elle prend le fidèle à son berceau et le conduit à la tombe, à travers toutes les vicissitudes de la vie, en ne lui laissant, dans aucun domaine de la pensée ou de l’activité, la moindre part d’initiative et de liberté. C’est un carcan qui ne permet qu’un certain nombre de mouvements préalablement fixés. Nous aurons à le démontrer.

En résumé, l’Arabe a tout emprunté aux autres peuples ; littérature, art, science, et même idées religieuses. Il a tout passé au crible de son esprit étroit, incapable de s’élever à de hautes conceptions philosophiques ; il a tout déformé, tronqué, désséché.

Cette influence destructive explique la déchéance des peuples musulmans et leur impuissance à s’arracher à la barbarie ; elle explique également les difficultés auxquelles nous nous heurtons dans nos possessions de l’Afrique du Nord.

Nous devons nous inspirer de cette constatation si nous voulons débarrasser notre politique musulmane des erreurs de conceptions et d’attitude qui nous ont coûté parfois si cher.

Etudier la psychologie du musulman, sans aucun parti-pris d’hostilité, comme sans désir préconçu de trouver en lui un type d’humanité supérieur ; préciser son idéal, ses aspirations, ses besoins, le mécanisme de son cerveau ; puis adopter à son égard l’attitude que commande la logique et le bon sens : voilà qu’elles doivent être les préoccupations d’une puissance dont les destinées sont liées à une fraction quelconque du monde islamique.

Préparer les éléments de cette étude : tel est le but de ce modeste essai.


[1] De CASTRIES. –L’Islam.
[2] André SERVIER –Le Nationalisme Musulman.
P.ANTOMARCHI. – Le Nationalisme Egyptien.
Henry MARCHAND. – l’Egypte et le Nationalisme Egyptien.
[3] Alfred Le CHATELIER. – La politique Musulmane
[4] Barthélemy SAINT-HILAIRE. – Histoire de l’Ecole d’Alexandrie.
[5] SNOUCK HURGRONJE. – Le Droit Musulman.
[6] Dr Gustave LE BON. – La civilisation des Arabes.
[7] DOZY. – Essai sur l’Histoire de l’Islamisme.
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